On me pose souvent la question à la réception : « Daniela, on mange bien à Sitges ? » La réponse est oui, et je le dis sans emphase. Notre petite ville vit face à la mer et derrière les collines du Penedès, deux garde-manger qui se retrouvent dans l’assiette. Après quelques années passées à orienter nos clients, j’ai fini par constituer un petit répertoire d’adresses. Le voici, honnête et concret, avec de vrais noms plutôt que des généralités.
Une chose d’abord : à Sitges, on mange à des horaires espagnols. Le déjeuner s’étire volontiers jusqu’à 15 h, et beaucoup de cuisines ne rouvrent pas avant 20 h 30 le soir. Ne vous fiez donc pas à une terrasse déserte à 19 h, elle sera pleine deux heures plus tard. C’est un rythme à adopter, et il fait partie du charme.
Le plat que je recommande à quiconque veut goûter la vraie cuisine locale, c’est le xató. Une salade de scarole croquante, garnie de morue effeuillée, de thon et d’anchois, le tout nappé d’une sauce d’amandes, de noisettes, d’ail et de piment nyora, cousine du romesco. C’est rustique, généreux, un peu piquant, très sitgétan. On le sert surtout en hiver, autour de la saison des « xatonades », mais plusieurs maisons du centre le proposent quand la saison le permet.
Le riz et la mer, l’âme de la cuisine sitgétane
S’il fallait ne retenir qu’un plat, ce serait l’arròs a la sitgetana, le riz à la mode de Sitges. Contrairement à une paella touristique, il mêle terre et mer dans un même plat : poulet ou lapin, seiche, gambas, moules, parfois un peu de porc, mijotés ensemble jusqu’à ce que le riz prenne toute la saveur du bouillon. C’est un plat du dimanche, à partager, qui demande du temps — ça tombe bien, vous êtes en vacances. Prévenez le restaurant à l’avance, beaucoup le cuisinent à la commande.

Pour ce riz comme pour le poisson, je pense d’abord au Passeig de la Ribera, la promenade du bord de mer, où plusieurs maisons de confiance se suivent. À la Cantina de Sitges (au numéro 41), on travaille justement les riz et la cuisine marine, et l’adresse figure parmi celles de la Route du Xató. Quelques portes plus loin, Pic Nic est une institution du front de mer pour les arròs et la cuisine de la mer. Et pour le poisson pur et simple, Cal Pinxo (numéro 5) et La Santa Maria (numéro 52) alignent leurs terrasses face à la Méditerranée depuis des années.
Poisson frais et adresses de la vieille ville
Demandez toujours ce qui est frais du jour : un rouget, une dorade grillée à la plancha, des gambas, ou des navajas (couteaux) et des palourdes juste ouvertes à la vapeur. Je conseille de regarder l’ardoise du jour plutôt que la carte figée : c’est là que se cache le meilleur. Oui, on paie un peu la vue sur le Passeig de la Ribera, mais un déjeuner de poisson les pieds presque dans le sable, ça vaut son prix.
Si vous préférez vous éloigner d’une rue ou deux du front de mer, la vieille ville réserve de belles surprises. La Nansa, dans le Carrer de la Carreta, est une table marinière discrète que j’aime pour son poisson et ses riz, à l’écart de l’agitation de la promenade. C’est souvent dans ces ruelles derrière l’église que se cachent les cuisines les plus justes, en prix comme en saveur.
Tapas du soir et douceur de la Malvasia
Le soir venu, Sitges change de registre. Les rues autour de la Cap de la Vila se remplissent, et l’on passe de bar en bar comme on tourne les pages d’un menu. C’est le moment des tapas : patatas bravas bien relevées, pain de coca frotté à la tomate, croquettes de jambon, poivrons de Padrón, un plat de boquerones au vinaigre. Mon conseil : ne vous installez pas pour la soirée entière au premier bar. Prenez deux ou trois bouchées, un verre de vermouth ou de cava, puis avancez. C’est ainsi que font les Sitgétans, et c’est de loin la façon la plus vivante de découvrir la ville.


Pour finir un repas, laissez-moi vous parler d’un trésor local : la Malvasia de Sitges, un vin doux issu d’un cépage sauvé de l’oubli, cultivé ici depuis des siècles. Ambré, parfumé, avec des notes de fruits confits, il accompagne merveilleusement un dessert ou un moment sur une terrasse au soleil couchant. Si le sujet vous plaît, sachez que la région entière vaut le détour pour les vins du Penedès, dont Sitges est en quelque sorte la porte maritime. Et gardez de la place pour le matin : la coca et le café serré méritent qu’on prenne son temps, comme dans les cafés de Sitges qui ouvrent dès les premières heures.
Depuis la réception de l’Hotel Noucentista, nous sommes à quelques minutes à pied de presque toutes ces adresses — c’est l’avantage d’une petite ville qui se parcourt en flânant. Et si vous voulez mes favoris du moment, ceux qui ne sont écrits nulle part et qui changent au fil des saisons, n’hésitez pas à me demander : ce sont souvent les plus savoureux. Bon appétit, ou plutôt, comme on dit ici : bon profit !




